Il est temps de rompre qvec un paradoxe devenu insoutenable un continent riche de terres, d’eau, de savoirs agricoles et de bras jeunes continue d’importer ce qu’il peut produire lui-même. L’affirmation « L’Afrique nourrit l’Afrique » n’est ni un slogan creux ni une utopie ; elle est une nécessité stratégique, économique et morale.
L’Afrique détient l’une des plus grandes réserves de terres arables encore inexploitées au monde. Pourtant, des millions d’Africains dépendent de denrées importées, souvent coûteuses, parfois inadaptées aux réalités locales. Cette dépendance fragilise les économies nationales, expose les populations aux chocs extérieurs et entretient une vulnérabilité structurelle.
Nourrir l’Afrique par l’Afrique, c’est d’abord faire le choix de la souveraineté alimentaire. Cela implique de soutenir les agriculteurs, de moderniser les outils de production, d’investir dans l’irrigation, le stockage et la transformation locale. Produire ne suffit pas : il faut transformer, conserver et distribuer au plus près des besoins.
C’est aussi un projet d’intégration continentale. En facilitant les échanges agricoles entre États, la Zone de libre-échange continentale africaine ouvre la voie à un marché intérieur capable d’absorber les productions locales, de stabiliser les prix et de créer des millions d’emplois. L’agriculture peut devenir l’un des moteurs majeurs de l’industrialisation africaine.
Mais cette ambition exige une volonté politique forte. Les États doivent considérer l’agriculture non comme un secteur de subsistance, mais comme une industrie stratégique. Les politiques publiques doivent protéger les productions locales, encourager l’innovation et garantir un accès équitable au financement. À l’échelle continentale, l’Union africaine porte cette vision d’un développement endogène, fondé sur la coopération et la responsabilité partagée.
Enfin, « L’Afrique nourrit l’Afrique » est un appel à la conscience collective. Consommer africain, valoriser les savoir-faire locaux, transmettre les connaissances agricoles aux nouvelles générations : autant d’actes qui participent à la reconquête de la dignité économique.
Nourrir l’Afrique par l’Afrique, c’est reprendre la maîtrise de son destin. C’est transformer l’abondance potentielle en prospérité réelle. Et c’est, surtout, affirmer que le développement durable du continent commence par la terre qui le nourrit.
Dr Jean Claude Aimé Nonga
PDG/Journaliste
